BEN'IMANA Un Certain Regard, 79ème Festival de Cannes Un film de Marie-Clémentine Dusabejambo
Avec Ben'imana, la réalisatrice rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo signe une œuvre aussi intime que politique, propulsée sur la scène internationale par la prestigieuse sélection Un Certain Regard du 79ème Festival de Cannes.
Nous sommes au Rwanda, en 2012. Dix-huit ans après le génocide des Tutsis, les plaies restent ouvertes, les silences habités. Pour tenter de réconcilier les vivants et d'alléger le poids de l'Histoire, des tribunaux populaires les gacaca ont été mis en place à travers tout le pays. Ces assemblées communautaires, uniques au monde, confrontent bourreaux et victimes dans l'espace public, croisant la parole, l'aveu et parfois le pardon.
C'est dans ce contexte d'une tension sourde que nous rencontrons Vénéranda, survivante déterminée, profondément convaincue de la nécessité de ces procès. Malgré les pressions sociales et les résistances, elle organise des séances de discussion entre victimes et familles de bourreaux, croyant dur comme fer au pouvoir de la parole pour cicatriser les blessures collectives.
Mais le récit bascule quand l'intime vient fracturer le discours. La grossesse inattendue de sa fille agit comme un révélateur brutal : Vénéranda, qui portait la réconciliation comme un flambeau, se retrouve soudain démunie face à ses propres contradictions et aux parts les plus sombres de son passé. Marie-Clémentine Dusabejambo ne juge pas son personnage — elle l'humanise, révélant toute la complexité de ce que signifie survivre, non seulement physiquement, mais moralement, génération après génération.

Porté par un casting entièrement féminin et rwandais Clémentine U. Nyirinkindi, Isabelle Kabano, Kesia Kelly Nishimwe, Leocadie Uwabeza, Antoinette Uwamahoro, Aime Valens Tuyisenge le film déploie une force chorale rare, où chaque visage est une archive vivante.
La sélection de Ben'imana à Un Certain Regard est une reconnaissance bien méritée pour un cinéma africain francophone trop souvent invisible sur les grandes scènes internationales. C'est aussi une invitation à regarder le continent autrement : non pas comme le décor de drames humanitaires, mais comme le foyer de voix cinématographiques souveraines, capables de transformer l'Histoire collective en fiction universelle.
Produit par Samantha Biffot et Marie Epiphanie Uwayezu, le film est vendu à l'international par MK2 Films, l'une des maisons les plus respectées du cinéma d'auteur mondial un gage de visibilité pour cette œuvre qui mérite amplement les projecteurs de la Croisette.





