L’Afrique doit se raconter elle-même » : la Semaine du film marocain secoue Abidjan

L’Afrique doit se raconter elle-même » : la Semaine du film marocain secoue Abidjan

ABIDJAN – « On se sent connu dans notre deuxième pays. » Omar Kamli Benhamou, président de la Fédération marocaine des industries audiovisuelles et cinématographiques, n’est pas un inconnu à Abidjan. Venu tisser des liens « institutionnels et professionnels, fondés sur la formation et l’information », il résume l’esprit de cette sixième édition : faire du cinéma un lieu de rencontre durable entre le Maroc et la Côte d’Ivoire.

Au cœur de la semaine, la projection d’Atoman, un film de super-héros signé Anouar Montassim, réalisateur et producteur basé à Casablanca. Son pari : lancer un véritable cinéma de genre africain, pensé pour la jeunesse et les familles. « L’Afrique ne doit pas être regardée par un œil occidental, mais racontée par nous, Africains. »

Le parcours du film donne raison à l’ambition. Autoproduit, financé à hauteur de 400 000 euros par le Centre cinématographique marocain (le reste venant de la société du réalisateur), avec des effets spéciaux réalisés entièrement au Maroc, il est devenu, selon son auteur, le film marocain le plus distribué au monde :

  • diffusé en Russie sur Premier, équivalent local de Netflix ;
  • distribué sur Amazon Prime Video en France, une première pour un film marocain, avec dix semaines dans le top 10 ;
  • sorti aux États-Unis, au Canada, en Corée du Sud, en Inde, aux Philippines et en Amérique latine ;
  • plébiscité en Côte d’Ivoire, avec près de 16 000 spectateurs.

La suite ? Pas forcément un Atoman 2. Anouar Montassim vise plutôt la création d’« African Comics », un univers de super-héros africains conçus avec des partenaires du continent, dont des discussions en cours avec des acteurs ivoiriens. Il espère que le prochain sera une super-héroïne. Et le visage découvert d’Atoman ? « Une question de moyens », avoue-t-il, en riant : le masque était prévu.

Madame Lyssone Fall Johns Diomandé la responsable de Côte d’Ivoire Cinéma a détaillé la nouvelle orientation de l’institution : au-delà de la régulation, promouvoir la destination Côte d’Ivoire. Les conditions de tournage souples ont attiré de nombreuses productions cette année, avec des tournages à Yamoussoukro, Grand-Bassam et Bouaké.

Les coproductions servent aussi de levier de formation : les productions étrangères doivent intégrer un nombre minimum d’Ivoiriens dans leurs équipes, qui se forment ainsi sur les plateaux. Les ateliers animés par des experts marocains, comme les formations à la critique menées avec d’autres pays, vont dans le même sens. Tout n’a pas abouti, reconnaît-elle, mais les échanges ont été nourris, notamment en animation.

Après quinze éditions de coopération, la volonté politique est là, mais elle ne suffit pas. Les autorités ivoiriennes appellent à la création d’une commission mixte maroco-ivoirienne, chargée d’assurer un suivi quotidien et de lever les obstacles, plutôt que d’attendre un an entre deux rencontres.

Madame Lyssone Fall Johns Diomand  a conclu par un appel aux jeunes cinéastes, nombreux dans la salle : accepter d’apprendre, se remettre en question, sortir vers les festivals, mais d’abord raconter ses propres histoires. « Sinon, quelqu’un d’autre le fera avec ses mots. » Et comme les projections sont gratuites, on ne vient pas seulement regarder : on se demande ce qu’on a appris, et avec qui on peut travailler.